La technique de l'incrustation

Une balle d'argile. La balle est écrasée au rouleau de bois entre deux linges. L'empreinte du tissu est effacée au doigt. On a réalisé au préalable un moule en plâtre qui donnera à la pièce sa forme et permettra de maintenir la feuille de terre lors de l'estampage et du travail d'incision du décor. Le moule est centré et fixé sur le tour.
La feuille de terre est appliquée sur le moule.    
  Après avoir découpé la plaque de terre aux dimensions de l'objet, un tracé en creux est réalisé à la pointe là où l'on désire incruster des filets. Le centrage sur le tour est ici essentiel. Quelques lignes non circulaires sont tracées à la règle de façon légère : axe de symétrie, droites à retravailler à la pointe.
Les parties des filets que l'on désire rompre sont refermées à l'ébauchoir. Le décor est composé selon l'axe choisi par un dessin en creux à la pointe, à l'aiguille, au couteau, au porte-plume. Les motifs le plus souvent utilisés sont incisés par estampage de petits outils (tampons) réalisés préalablement en plâtre ou en terre cuite. Les éléments ainsi estampés doivent souvent être retravaillés à main levée pour les fondre au reste du décor ou pour unifier la profondeur des empreintes : malgré beaucoup de délicatesse, les différentes matrices (tampons) ne pénètrent pas de la même façon dans la terre très molle.
L'association des éléments estampés et la construction d'un ensemble équilibré sont à chaque fois improvisées. Cette création minutieuse du décor est l'opération la plus longue (2 à 8 heures pour une assiette, 3 heures pour ce modèle-ci). Le soin que l'on y apporte a une importance primordiale sur le résultat final.
Il s'agit ensuite de combler tous les creux par la terre de rapport. Cette incrustation proprement dite se réalise sous la forme d'engobe très liquide, ici, un grès porcelainique. L'usage d'un pinceau très fin permet de déposer l'engobe jusqu'au fond des empreintes un peu profondes sans y emprisonner de bulles. C'est à nouveau une opération que l'on doit mener avec soin. La terre de support comprend moins d'eau que la terre de rapport. La masse de plâtre du moule absorbe beaucoup d'eau et accélère le séchage. Les heures passant, l'eau en excès de l'engobe passe peu à peu dans le support pour atteindre un équilibre. La part incrustée accuse alors un retrait important en se creusant en dessous du niveau moyen. On compense ainsi volontairement ce fait en versant au pinceau plus d'engobe que l'oeil ne jugerait nécessaire. Il faut souvent deux à trois passages.
Peu à peu, l'ensemble du décor en creux se trouve comblé et, par force, totalement recouvert. L'opération de remplissage a pris ici 1h15. On permet alors au séchage de se poursuivre jusqu'à dureté cuir. Les excès d'engobe, une fois bien raffermis, sont coupés à la mirette. Un résultat propre s'obtient en affûtant la mirette comme un ciseau à bois. Le geste doit être précis et léger : un coup un peu plus appuyé et c'est tout le décor que l'on a coupé ! Pas de repentir possible. 1 h15 supplémentaires ont passé.
Par petites touches légères, le décor, net, apparaît. Il faut parfois creuser un peu plus profondément pour retrouver un motif dont l'empreinte initiale était plus profonde. On laisse sécher plus avant. Certaines irrégularités de surface inévitables sont estompées par un ponçage doux. On veillera à ne pas salir les zones blanches incrustées par une poussière de terre de couleur.
L'objet quasiment sec peut enfin recevoir un décor en grisaille pour donner du modelé aux petites surfaces blanches incrustées. Comme une application d'aquarelle sur du papier, un jus léger d'oxydes métalliques est appliqué au pinceau fin pour dessiner ombres et volumes. Plusieurs passages sont nécessaires, allant du jus le plus clair au plus foncé, pour exécuter différents détails. Il a encore fallu une bonne heure pour la réalisation de ce travail de grisaille. On ne touche plus à rien. Le séchage se termine. L'épreuve de la cuisson décidera du sort final de l'objet.
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