Petit panorama des arts décoratifs à la Renaissance

 (ou influence de l'histoire des arts décoratifs à la Renaissance sur la production du Miroir aux Prêles).

 La présentation inscrit les différentes productions du Miroir aux Prêles dans la tradition. Il s'agit de citer et définir des références qui, toutes, appartiennent au grand domaine des arts décoratifs à la Renaissance.

 1) On étudiera d'abord différentes formes, issues des pièces d’orfèvrerie, de la verrerie, de la céramique et du travail prébaroque de l’ivoire ; on soulignera la place prédominante de Nuremberg.

Très courante au XVème siècle en Turquie ottomane ou dans la Valence hispano-mauresque, la coupe godronnée est largement reprise en Italie au XVIème ; ici à gauche, un exemple en verre a lattimo du Louvre, c’est la crespina. A droite, caractérisé par une aile large et plate, ici décorée d'un décor de trophée, un marli bien marqué et un fond creux, le tondino ou petit plat rond est également une création orientale du XVème siècle très répandue dans l’Italie du XVIème. Sa version large en étain donnera le plat « cardinal » au XVIIème.

2) Une petite grammaire des arts décoratifs à la Renaissance présente et définit, par l'exemple toujours :

a) Les rinceaux de feuillage et les constructions en candélabres,

b) Les décors de grotesques,

c) Les cuirs découpés,

d) Les entrelacs et

e) Les mauresques d'origine orientale. 

                                                       

Venus de Turquie ottomane via les plaques tournantes commerciales et culturelles que furent Venise et Gènes au Quattrocento, de nouveaux décors ont envahi toutes les surfaces : parmi ceux-ci, les mauresques. Celles-ci sont alors reprises et réinterprétées par des ornemanistes comme Jacques Androuet du Cerceau, Francisque Pellegrin (Fontainebleau, les cinq exemples ci-dessus), Virgil Solis (Nuremberg) ou Peter Flötner  (travaille à Nuremberg , mais publications posthumes à Zurich, deux exemples ci-dessous). On souligne alors l'importance de la gravure dans la diffusion des nouveaux décors.

          

Ces motifs de mauresques couvrent notamment les armures de nos rois au XVIème siècle et les reliures de beaux livres.

                

3) Il s'agit ensuite de dresser de façon succincte le cadre d'un courant esthétique très spécifique au XVIe siècle : l'emploi du vivant, du grouillant, de l'humide dans l'art, nommé le "style rustique".

Il est ici bien sûr impossible de passer sous silence la production palisséenne.

Souvent seulement connu pour avoir brûlé son mobilier un jour où il était à court de combustible pour cuire ses céramiques exceptionnelles (ci-dessus), Bernard Palissy (1510-1590) est une figure remarquable de l’expression du style rustique au XVIème siècle. On retient de Palissy la figure fantasque et l’on oublie le fondateur de la paléontologie moderne. Anecdotique, voire mineur, le style rustique est un éloge au vivant, soumis à une intention artistique, qui procède parfois par accumulations. Hommage à la vie dans sa dimension la plus rampante, grouillante, humide et insignifiante, il se rattache autant à la mode croissante des cabinets de curiosités chez les princes de la Renaissance qu’à un élan de l’humanisme savant vers ce que l’on appellera plus tard les sciences naturelles… Cette tendance européenne à employer des moulages d’animaux et végétaux d’après nature a notamment trouvé d’éblouissants défenseurs en Wenzel Jamnitzer (1508-1585), orfèvre à Nuremberg ou Joris Hoefnagel (1542-1600), enlumineur miniaturiste flamand.

4) Le Noir - le Blanc.

Il s'agit là d'une vision absolument subjective du monde par le jeu de contrastes noir/blanc, brun/blond, là où le blanc sert de fond au sombre, là où le brun-noir sert d'écrin aux jeux du blanc-ivoire auquel on a appliqué des hachures ou de la grisaille pour figurer le modelé.

a) Les terres cuites dites de Saint-Porchaire.

L'incrustation de terres colorées dans la céramique occidentale trouve ses origines dans les carreaux de pavement (trois illustrations ci-après) dès la fin du XIIème siècle (terre rouge/terre blanche sous un vernis plombifère, l’alquifoux).  

     

Le procédé consistait à réserver l’ornement en creux, à la main ou au moyen d’une forme de bois estampée, dans la terre molle servant de support. L’empreinte était ensuite remplie de terre liquide de couleur différente (barbotine). Après un séchage partiel, un arasement soigné restituait le dessin en deux tons. 

        

La technique a été portée à son plus haut degré de raffinement et de finesse au XVIème siècle avec la céramique de Saint Porchaire (deux illustrations ci-dessus), pièces d’exception, destinées exclusivement aux princes. Les décors étaient alors incisés au moyen de fers à dorer les cuirs de reliure. 

b) Avec le noir comme fond, les émaux peints de Limoges (ci-dessous, détail d'un revers de plat par Pierre Raymond), le travail du nielle (nourri notamment par la diffusion de la gravure - ici, décor feuillagé sur fond noir de Heinrich Aldegrever), les incrustations d'os ou d'ivoire sans l'ébène (ici, détail d'un cabinet conservé au Victoria & Albert de Londres).

      

 

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